Carnet d' un beauf

 

 

Je suis devenu con !

En effet, ce matin, en me réveillant, je trouvai sur ma table de chevet le bouquin que j' avais déposé la veille avant de clore les yeux. Eh bien je pris le livre et l' enfermai d' un geste brusque dans le tiroir en me disant à haute voix que c' était de la stupidité de perdre du temps avec la lecture.

Dans la nuit j' étais bel et bien devenu con!

Je fus pris, aussitôt ma toilette terminée, par l' envie d' aller au café des sports , ce que je fis .

J' y rencontrais des habitués qui me reconnurent tout de suite pour ce que j' étais devenu et m' acceptèrent d' emblée parmi eux.

Nous refîmes le monde, fustigeant au passage les fonctionnaires, les militaires , les étrangers et surtout les arabes, sauf Momo qui était le patron du bistrot. J' avais des opinions sur tout,: les finances les impôts, la politique , décrétant que c' étaient tous des cons .

Fier de moi et d' avoir su séduire un auditoire aussi prestigieux que des piliers de bistrot , je rentrai à la maison, réclamant à ma femme l' apéro et demandant avec l' assurance d' un chef de famille : » qu' est ce qu' on bouffe à midi ? » Au passage je lui mis une grande claque sur les fesses,ma façon de lui prouver mon attachement et de lui faire miroiter un éventuel rapport que de toute façon la quantité de bières ingurgitées m' eut empêché de commencer.

J' étais devenu tellement con que je m' inscrivis à une société de chasse, le massacre d' innocents lièvres me confortait dans mon sentiment de toute puissance et j' avais presque l' impression de refaire une guerre d' Algérie que de toute façon je n' avais pas faîte pour cause de jeunesse.

Je m' inscrivais dans un club de supporters de football, ce qui me permit de décréter que c' étaient tous des cons qui ne savaient pas jouer et ne pensaient qu' au fric. La preuve en est que mes copains du bistrot disaient la même chose, nous on ne jouait pas au foot parce que nous étions trop purs, le fric ne nous intéressait pas et puis d' abord avec le boulot on n' avait pas le temps, sinon ils auraient bien vu tous ces rigolos!

Vivant dans mes certitudes, j' étais un con heureux , jusqu' au jour ou ma femme me quitta ! après réflexion et douze bières je dis solennellement à mes compères de café : les femmes? Toutes des salopes ! »

Ils furent bien d' accord.

Puis ce furent mes enfants qui partirent ce qui me fit dire: «  les gosses ? Tous des ingrats, après les sacrifices qu' on a fait pour eux ! »

Là aussi mes copains furent d' accord.

Un soir, il n' y avait pas de foot à la télé , je décidai d' aller me coucher tôt, cherchant des cigarettes dans ma table de nuit, j' y trouvai ce livre rejeté avec mépris .Inconsciemment, je me mis à le feuilleter, puis à le lire , après quelques pages je le posai sur mes genoux, fixant mes yeux dans l' infini, une larme tomba sur la page ouverte et je me surpris à dire: «  pardon « ...

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