Phil du sud

La boite en carton jaunâtre, rafistolée de toutes parts à grand renfort de papier collant avait immédiatement attiré mon regard, un cortège de souvenirs affluèrent par automatisme, tandis que je sursautais en entendant une voix familière trancher déjà le sort de l’objet.

« Ca part à la poubelle, ça devrait déjà y être d’ailleurs, cette maison est encombrée des affaires de toute la famille, alors du vent, de la place… »

« Mais, enfin, c’est à moi, je ne veux pas le jeter, et puis c’est une partie de mon enfance qui va partir dans la benne, je ne suis pas d’accord. »

« Très bien, alors emporte le chez toi »

« Bien sûr, il n’est pas question de se séparer de la boite ».

J’eus tôt fait de trouver un sac adéquat et d’embarquer ma précieuse relique, elle avait autant de valeur à mes yeux que tous les Graal du monde.

D’aucuns prétendent que j’ai l’art et la manière de tout conserver et de m’encombrer, étant dans l’incapacité de trier de vieux objets pour m’en débarrasser, mon âme de collectionneur ayant fait le reste, ma réputation n’est plus à faire. Certains, semble-t-il, se plaignent même d’avoir dû parlementer afin de me convaincre de me séparer de vieilles revues empilées au petit bonheur dans mon appartement. Bien entendu je ne leur avait plu accordé un regard depuis des années, mais leur simple présence entretenait en moi la lénifiante illusion de la perduration d’une époque révolue où tout connaître des modèles d’autos mises sur le marché me paraissait fondamental…

D’autres esprits chagrins stigmatisent ma manie de conserver religieusement des papiers inutiles, mais je n’ai jamais pu imaginer un univers dépourvu de traces écrites de son existence.

Revenu chez moi, j’effleurai la boite et surgirent des images bien rassurantes en ces temps de crise économique, où le quotidien se conjugue avec nos incertitudes.

La douceur d’un après-midi d’été sur les bords de Loire, passé à jouer avec une copine qui habitait non loin de chez mes grands-parents, contemplant parfois la langueur des méandres du fleuve alangui dans des gangues de sable blond, protégé des feux de l’astre solaire par l’ombre bienveillante d’un chêne complice de nos jeux d’enfants.

Il s’agissait, immuablement, de rejouer la même partie avec d’infimes variantes, mais aussi un plaisir enfantin renouvelé à chaque fois, à cette époque, l’apport de technologies n’était point nécessaire pour se distraire.

Nantis de quelques gâteaux et de limonade ou d’orangeade fraîche, nous passions, Sylvie et moi, des heures entières à nous ruiner et à nous enrichir en quelques instants imprégnés de la rudesse du monde des affaires, donc celui des adultes que nous deviendrions, mais beaucoup plus tard.

Nous disputions des parties de Monopoly, où les éclats de rire sanctionnaient les krachs financiers et les fortunes évanouies. Cette âpre compétition nous paraissait le summum du bonheur, comme nous avions raison !

« A quoi rêves-tu, maintenant ? »m’a demandé un copain, l’autre jour.

« Tu sais ? je vais commencer une collection de jeux de société ; Tu n’aurais pas un jeu de « Mille bornes » ? »

 

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